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18 décembre 2008

La crise n’est pas une excuse

Dans une autre vie, j’ai plusieurs fois plaidé en faveur d’un rapprochement entre les principaux journaux publiés en Flandre. Mon opinion, partagée d’ailleurs par d’autres, est que la région me semble trop petite pour trois journaux sensiblement similaires et qu’un mouvement de consolidation s’amorcera tôt ou tard.
Cette remarque s’applique non seulement à la presse, mais également aux entreprises d’un grand nombre de secteurs.
La vague de licenciement qui traverse actuellement la presse écrite me conforte dans mon opinion et me laisse craindre la mise en ouvre d’une grande « opération de nettoyage », arguant de la crise comme légitime excuse. Dans un récent article paru dans le Magazine du Marketing de De Tijd, Karin Raeymaeckers, professeur des medias à l’Université de Gent, abonde dans le même sens. Elle ne peut croire que la crise économique soit si grave pour justifier la disparition d’un quart des journalistes au sein de certains journaux. « Les grandes entreprises de presse ne veulent plus garder trois rédactions pour trois titres. Nous allons vers une situation où une même rédaction fournira des articles à différentes éditions », prédit-elle.
Croyez-moi, dans ce genre de situations, il n’est pas agréable d’avoir eu raison. Il ne m’appartient pas de pointer du doigt les responsables ou d’accuser qui que ce soit, mais nous savons tous que ce n’est pas la première fois qu’une crise offre une bonne occasion de remplacer des éléments du personnel indésirables ou coûteux par des forces plus jeunes et meilleur marché, en prévision d’un climat plus favorable.
Ce procédé peut être ressenti comme une dure réalité inévitable, mais il est surtout inopportun dans le contexte actuel. Notre économie repose essentiellement sur l’offre et la demande. Ce mode de fonctionnement a-t-il encore un avenir ou faut-il d’ores et déjà le mettre au placard ? Lors de notre dernière HR Gallery, à Malines, le 08 décembre dernier, Jan Maarten Willems, Finance Director chez Netlog, affirmait que trop peu d’entreprises exploitent efficacement la période d’essai avant un engagement et que de nombreuses personnes se voient proposer un contrat à durée indéterminée sans avoir véritablement fait leurs preuves. Evidemment, cette sorte de laxisme conduit ultérieurement à la frustration et – dans les cas les plus graves – à des licenciements secs. Avec pour résultats collatéraux des collaborateurs déçus et mécontents, des syndicats insatisfaits et des coûts supplémentaires pour remettre tout le monde sur la même voie.
Une politique du personnel durable nécessite une vision à long terme balisée par des objectifs à court terme clairs. Savons-nous en permanence si le talent que nous avons recruté est rentabilisé de façon optimale ? Sondons-nous les préférences et l’enthousiasme des collaborateurs ? Leur donnons-nous suffisamment d’informations sur nos projets ? Chacun est-il impliqué d’une manière ou d’une autre dans les objectifs de l’entreprise ?
La crise remet en question de nombreux paradigmes, mais les données démographiques, elles, ne changent pas. Le vieillissement de la population s’accentue, la guerre des talents continue à faire rage et chaque crise est plus exacerbée. J’éprouve le plus grand respect vis-à-vis de ceux qui parviennent aujourd’hui à prendre des décisions rationnelles. J’invite simplement les autres à franchir le cap difficile, de façon durable et avisée, avec les talents présents dans leur société. C’est aussi dans l’intérêt des entreprises.
 

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